Les trois dépenses que je regrette
Conseils pratiques
Je ne regrette presque rien de mes séjours à Rome. Mais il y a trois dépenses qui reviennent, séjour après séjour, et que je ferais autrement aujourd'hui. Aucune n'est une arnaque : ce sont juste des réflexes de voyageur pressé, que la ville facture au prix fort.
La liste tient sur les doigts d’une main, et elle ne change pas. À chaque retour, en vidant mon portefeuille des tickets froissés et des reçus pliés en quatre, je retombe sur les mêmes lignes que j’aurais pu éviter. Rien d’illégal, aucune entourloupe : des dépenses que je me suis infligées toute seule, par fatigue, par automatisme ou parce que le décor était beau. Les voici dans l’ordre où elles me restent en travers.
Le Roma Pass, acheté sans faire le calcul
La première fois, je l’ai pris au guichet de l’aéroport, presque par superstition : tout le monde en parle, donc ce doit être une bonne affaire. Erreur de raisonnement. Un pass n’est jamais une bonne affaire dans l’absolu ; il l’est ou non selon ce qu’on en fait.
Au moment où j’écris, la formule 72h tourne autour de 63 €, la 48h autour de 38 €. Elle inclut les transports et une ou deux entrées « gratuites » selon la durée, puis des tarifs réduits ensuite. Le piège, c’est que les deux choses pour lesquelles beaucoup de visiteurs viennent n’entrent pas dans l’équation comme on l’imagine : les musées du Vatican, eux, ne sont pas concernés du tout, et pour le reste on additionne vite des réductions sur des sites qu’on n’aurait pas visités sans le pass - ce qui n’est pas une économie, c’est une dépense de plus.
Je ne dis pas qu’il n’est jamais rentable. Je dis que je l’ai acheté sans poser les chiffres, et que quand on les pose, le pass ne gagne que dans des cas précis : beaucoup de sites payants en peu de jours. Pour un séjour de marche, avec deux ou trois grands monuments, un simple titre de transport et des billets à l’unité m’auraient coûté moins. Le calcul mérite cinq minutes ; je les détaille dans notre guide des billets et pass, parce qu’ils dépendent de votre programme, pas du mien.
Les 55 euros du taxi, un soir de fatigue
Deuxième dépense, et la plus bête : le taxi depuis Fiumicino, pris parce qu’il était tard, que ma valise pesait et que la station était là, juste devant la sortie. La course à tarif fixe entre l’aéroport et le centre historique coûte 55 € - un prix affiché, réglementé, sans surprise. Le problème n’est pas le taxi, c’est que je connaissais l’alternative et que je l’ai ignorée.
Le Leonardo Express met 32 minutes jusqu’à Termini pour 14 €. Les trains régionaux, eux, desservent Trastevere ou Ostiense pour moins de dix. À une personne, l’écart avec le taxi est de quarante euros pour gagner, au mieux, un quart d’heure - et à l’heure de pointe, le train est même plus rapide. Le taxi se défend à trois ou quatre, ou passé minuit quand les trains s’arrêtent. Seule, un mardi à dix-neuf heures, il ne se défendait pas. J’avais juste envie de m’asseoir. Ça m’a coûté quarante euros de confort. Les options depuis Fiumicino sont toutes plus économiques que le réflexe de la borne de taxi.
Le dîner qu’on paie pour la vue
La troisième est la plus insidieuse, parce qu’elle a l’air d’un plaisir. S’asseoir à une terrasse sur une grande place - la Rotonda devant le Panthéon, une place baroque au coucher du soleil - et commander des pâtes. Le cadre est réel, la lumière est belle, et l’addition ne correspond ni à l’assiette ni à ce qu’on paierait ailleurs. On ne paie pas le repas ; on paie la place au premier rang.
Je ne le referai plus, non par principe d’économie, mais parce que la cuisine y est presque toujours en dessous. La parade est connue et elle marche : reculer de deux ou trois rues. Derrière la façade, les mêmes plats coûtent un tiers de moins et sont mieux faits, servis à des gens qui habitent là. Le couvert reste facturé - c’est l’usage romain, pas une entourloupe - mais il redevient anecdotique. Pour la vue, je garde désormais l’apéritif : un verre payé le prix de la place, assumé comme tel, puis je vais dîner ailleurs.
Ce que je fais maintenant
Trois dépenses, un même défaut : je savais, et j’ai payé quand même, parce que décider fatigue et que dépenser soulage. La correction ne demande pas de se priver. Elle demande de faire le calcul avant, pas après : poser les chiffres du pass sur son propre programme, réserver le train plutôt que subir la borne, et refuser de confondre le prix d’une vue avec celui d’un repas.
Il y en aurait une quatrième, mais je ne la compte plus vraiment : l’eau en bouteille achetée trois euros à côté d’un monument, alors que les fontaines publiques, les nasoni, coulent gratuitement à tous les coins de rue. Celle-là, la ville vous la rembourse dès que vous acceptez de tendre votre gourde.