Ferragosto, le jour où la ville s'arrête
Au fil des saisons
Il y a un jour où Rome cesse d'être Rome : le 15 août, le Ferragosto. Les Romains partent, les rideaux baissent, et la ville se retrouve étrangement vide et silencieuse. C'est déroutant la première fois, et fascinant quand on sait à quoi s'attendre.
La première fois que j’ai passé un 15 août à Rome, j’ai cru qu’il s’était passé quelque chose. Les rues de mon quartier étaient vides, les rideaux de fer baissés les uns après les autres, le bar où je prends mon café fermé, avec un mot scotché sur la vitre. Il ne s’était rien passé. C’était le Ferragosto, et j’ignorais encore que ce jour-là, Rome s’arrête.
Le 15 août, Rome part
Le Ferragosto est le cœur de l’été italien. Jour férié de l’Assomption, il marque le moment où le pays entier bascule en vacances. À Rome, cela veut dire une chose simple : les Romains s’en vont. À la mer, dans la famille au village, à la montagne, n’importe où sauf dans la fournaise de la ville. Et ils ne partent pas seuls : ils emportent avec eux la vie ordinaire du quartier.
Ce n’est pas une date isolée. Autour du 15, souvent sur une bonne partie de la deuxième quinzaine d’août, une lente désertion s’installe et se prolonge. Le jour même, elle atteint son sommet.
Chiuso per ferie
Ces trois mots, on les lit partout à cette période : chiuso per ferie, fermé pour congés. Sur la trattoria de quartier, la boulangerie, le cordonnier, la petite épicerie. Beaucoup de ces commerces ferment plusieurs jours, parfois deux semaines, et l’affichette manuscrite fait partie du paysage d’août romain.
Pour le visiteur non prévenu, c’est un piège : on sort dîner dans le quartier qu’on aimait, et tout est noir. La parade est simple, mais il faut la connaître à l’avance : repérer ce qui reste ouvert, ne pas compter sur l’adresse de quartier qu’on s’était gardée, et accepter que le Rome des habitants soit, ce jour-là, aux abonnés absents.
La ville qu’on a presque pour soi
Il y a pourtant une beauté à ce Rome désert, et je ne la boude plus. Des rues qu’on ne voit jamais vides le sont enfin. La lumière d’août, dure et blanche, tombe sur des places sans personne. On entend ses propres pas sur les sanpietrini. Les grands monuments, eux, restent debout et souvent ouverts, avec un peu moins de Romains autour, même si les touristes, eux, sont là.
C’est un Rome de carte postale inversée : non pas la ville pleine et vibrante, mais la ville suspendue, comme retenant son souffle avant que septembre ne la ramène à la vie. Photographiquement, à l’aube ou en fin de journée pour fuir la chaleur, c’est un moment rare.
Ce qui reste ouvert
Tout ne ferme pas, heureusement. Les grands sites - Colisée, forums, Vatican, principaux musées - fonctionnent en général normalement, tout comme les commerces et restaurants des zones les plus touristiques, qui vivent précisément du visiteur. Les transports tournent, souvent en horaire allégé de jour férié.
La règle que je me donne pour un 15 août à Rome : viser tôt le matin pour la marche et les visites, se réfugier à l’ombre ou dans un musée climatisé aux heures chaudes, et réserver sa table plutôt que de compter sur l’improvisation. Avec ça, le Ferragosto devient un atout, pas un obstacle. Pour le reste - la chaleur, les fermetures, l’organisation d’un séjour à cette période - notre page sur Rome en août entre dans le détail pratique. Ce carnet-ci ne raconte qu’une chose : ce jour étrange où la ville, une fois l’an, se met en pause.