La lumière basse sur le Forum
Au fil des saisons
On vient à Rome pour l'été, et on a tort. En décembre, quand le soleil reste bas tout le jour, la lumière prend sur les ruines une teinte d'or que la belle saison ne donne jamais. C'est ma saison préférée pour le Forum, et presque personne n'y pense.
Tout le monde imagine Rome en été, écrasée de soleil et de touristes. Moi, si l’on me laissait choisir une seule semaine dans l’année pour y marcher, je prendrais une semaine de décembre. Pas pour les fêtes, pas pour les vitrines : pour la lumière.
Décembre, la lumière change
En hiver, le soleil ne monte jamais très haut au-dessus de Rome. Il traverse le ciel en oblique, du matin au soir, et cette inclinaison change tout. La lumière ne tombe plus d’aplomb comme en été, elle vient de côté, elle rase les façades, sculpte les reliefs, allonge les ombres. Les pierres qui paraissaient plates à midi en août retrouvent leur grain, leurs creux, leur âge.
C’est une lumière de peintre, et elle dure. En été, l’heure dorée est un bref instant avant la nuit. En décembre, elle s’étire sur tout l’après-midi, parce que le soleil est bas en permanence. On a des heures pour en profiter, au lieu de quelques minutes.
Seize heures au Forum
Le meilleur endroit pour le comprendre, c’est le Forum, en fin d’après-midi. Vers seize heures, quand le jour commence à décliner, la lumière entre presque à l’horizontale entre les colonnes. Les fûts de marbre s’allument d’un côté, s’assombrissent de l’autre. Les briques rouges des basiliques prennent une chaleur qu’on ne leur soupçonne pas. Depuis le belvédère du Capitole ou les hauteurs du Palatin, tout le champ de ruines devient un paysage doré.
J’y reste jusqu’à la fermeture, qui tombe tôt en cette saison. On voit la lumière baisser d’un quart d’heure sur l’autre, virer de l’or au rose, puis au gris bleuté. Personne ne se presse, parce qu’il n’y a presque personne. C’est le moment où le Forum cesse d’être un site à visiter pour redevenir ce qu’il est : un lieu, avec une heure et une saison.
Le luxe de l’hiver : moins de monde
L’autre cadeau de décembre, c’est l’espace. Les files qui s’étirent en été fondent. On entre au Colisée sans patienter une heure, on a des salles de musée pour soi, on photographie une place sans dix inconnus dans le cadre. Ce que l’été fait payer en attente, l’hiver le rend en tranquillité.
Ce calme change la nature même de la visite. On flâne au lieu de foncer, on s’assoit, on revient sur ses pas. Rome, allégée de sa foule, respire, et on respire avec elle. Pour qui a connu la ville en août, la découvrir en décembre est presque une autre destination.
Le froid, l’autre vérité
Je ne vais pas vendre un hiver de rêve sans nuance. Les matinées sont fraîches, quelques degrés au-dessus de zéro, et il faut sortir couvert. Les journées sont courtes : le soleil se couche tôt, et une visite mal calée se termine dans le noir. Il pleut aussi, par épisodes, et une averse sur les pavés change les plans d’une après-midi.
Mais le froid romain n’a rien de rigoureux, et il se règle avec un manteau et un café bu au comptoir. En échange, on obtient la plus belle lumière de l’année sur la plus belle ville qui soit. Le calcul, pour moi, est vite fait. Pour le reste - la météo réelle, les jours fériés, l’ambiance des fêtes - notre page sur Rome en décembre donne les détails. Ce carnet ne défend qu’une idée : venez en hiver, et allez au Forum à seize heures.